Après la grâce accordée à Khalifa Sall, ce dimanche, à la suite de celle de Karim Wade intervenue quelques années plus tôt, les Sénégalais se demandent si Macky Sall ira plus loin.

En effet, il s’agit de deux leaders politiques à la tête de structures assez solides, représentant le courant socialiste et le courant libéral.

C’est dire que leur vie est consubstantielle à leurs possibilités d’exercer en toute liberté leurs activités politiques. Or, en l’état actuel du Code électoral, notamment en son article L31/3, il n’en est rien. Ni Khalifa Sall ni Karim Wade ne sont pour le moment éligibles.

Donc, même s’ils ne sont pas politiquement condamnés, car pouvant mener des activités, il n’en reste pas moins qu’en tant que leaders, ils aspirent à de hautes fonctions politiques et n’envisagent leurs avenirs que par rapport à cette possibilité.

Tout ceci pour dire que les retrouvailles tant chantées entre Wade et Macky et le dégel des relations politiques et sociales n’auront de sens que si Karim et Khalifa, considérés par les siens comme des otages politiques, retrouvent leurs pleines aptitudes dans ce sens. C’est en tout dans l’esprit de l’ancien Président Abdoulaye Wade, une évidence élémentaire.

Par voie de conséquence, si les retrouvailles sont sincères et que les médiateurs ne baissent pas les bras, on devrait arriver à la poursuite des négociations pour lever tous les obstacles qui se sont dressés sur les chemins de ces deux hommes politiques.

Et pour ce faire, seule une loi d’amnistie serait à même de les tirer complètement d’affaire du fait de son caractère ‘’erga omnes’’, c’est-à-dire radical, effaçant les faits et remettant les condamnés à leur état originel. C’est l’idéal. Car, la grâce, quant à elle, n’efface que le restant de la peine. La condamnation reste intacte dans tous ses effets coercitifs.

Toutefois, rien ne nous dit que Macky est prédisposé à franchir ce nouveau pas. Même si nous savons qu’Abdoulaye Wade, le Pape du Sopi, va mettre tous les atouts de son côté pour y parvenir. Même si nous ne savons rien du ‘’protocole de Conakry’’ et de ce qui a été promis à Serigne Mountakha Mbacké, le Khalife général des Mourides, il n’en demeure pas moins que l’actuel Président a toutes les cartes en main.

Il peut opter pour l’amnistie car il dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale, avec un vote quasi-mécanique. Mais, s’il reste dans la logique et les calculs politiques, il peut aussi estimer en avoir assez fait avec les grâces.

Car, peut-on l’ignorer, la remise sur orbite politique de khalifa Sall et de Karim va, de facto, opérer une nouvelle configuration du paysage politique.

Aussi bien Benno Bokk Yakaar, la coalition au pouvoir, que l’opposition dans son intégralité, seront ébranlées par la nouvelle donne.

D’ailleurs, certains se font déjà des soucis à la seule perspective des retrouvailles entre Macky et Wade. Car, si jamais une nouvelle alliance politique se dessinait entre les deux formations politiques, le visage politique du Sénégal s’en trouverait profondément modifié.

Dans le même ordre d’idées, il y a de fortes chances que Khalifa Sall reste toujours dans l’opposition. Et là aussi, il essayera de mettre en place une nouvelle alliance politique en sa faveur.

Des considérations qui ne vont pas échapper à Macky qui pourrait avoir un intérêt à davantage desserre l’étau autour de ses opposants comme il peut en pâtir.

Il peut aussi opter à commencer par amnistier l’un et à attendre pour l’autre. Les grâces n’étant pas intervenues en même temps.

En tout état de cause, la situation politique pourrait connaitre d’autres changements dans les prochaines semaines. Macky, dans ses négociations avec certains milieux, va travailler à assurer ses arrières afin que, en cas de départ du pouvoir, ses proches ne subissent pas trop l’esprit de vengeance de nouveaux arrivants au pouvoir.

Et il sait que la meilleure manière d’y   arriver, c’est de contribuer à la victoire de son successeur, qui qu’il soit. Et tous les actes posés actuellement iront dans ce sens.

Assane Samb

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