L’Etat du Sénégal réclame 500 millions aux maraîchers

2 mois de prison ferme et une amende de 200.000 francs, c’est ce qu’encourent les 24 maraîchers de la Patte d’Oie et des Almadies. Ils ont comparu, hier, à la barre du tribunal des flagrants délits de Dakar pour les faits de dégradation de biens publics, élimination non conforme d’eaux usées. L’Etat du Sénégal leur réclame 500 millions. Ils connaîtront leur sort le 7 janvier prochain.

24 prévenus ont comparu, hier, à la barre du tribunal des flagrants délits de Dakar dans l’affaire dite les maraîchers de la Patte d’Oie et des Almadies. Ils sont poursuivis pour les faits de dégradation de biens publics, élimination non conforme d’eaux usées. Revenant sur les évènements, le représentant du service d’hygiène a informé que c’est à la suite d’une opération coup de poing, organisée par le Major Alla Ngom, Chef du service départemental d’hygiène de Dakar, et ses éléments, que le vice-président des maraichers Arona Ndiaye a été interpellé. Les hommes en tenue ont donné une mise en demeure aux mis en cause, mais ces derniers n’ont pas voulu suivre les instructions qui leur ont été données. C’est sur ces entrefaites qu’Arona Ndiaye a été arrêté et présenté aux enquêteurs. Devant les limiers, il a indiqué n’avoir jamais utilisé les eaux usées. A l’en croire, ils utilisaient des eaux traitées par l’Office national d’assainissement du Sénégal (Onas). Par ailleurs, le procès-verbal de constat du service d’hygiène a mentionné que de l’eau propre comme de l’eau épurée par la SDE ont été retrouvées sur place. Mais aussi, renseigne toujours le document, ils ont trouvé des motopompes branchées dans les regards pour puiser de l’eau usée. Ce qui, selon eux, a d’ailleurs menacé le système. A la barre hier, les prévenus ont, tour à tour, rejeté les accusations portées à leur endroit. Mamadou Diallo, jardinier de son état, a confié: « ils ne m’ont pas trouvé avec de l’eau usée ». Même tonalité chez  Lamarana Diaw et Fatoumata  Lamarana Barry qui ont soutenu que l’eau qu’ils utilisaient provenait du sous-sol. A les en croire, ils ont même averti les éléments du service d’hygiène qui leur avaient suggéré de creuser des puits. Pour sa part, Makhtar Thiam a indiqué : « on avait signé une convention avec l’Onas pour la procuration d’eaux traitées et on payait 25 francs par m3 ».

Le procureur a requis 2 mois et une amende de 200.000 frs

Invité à prendre la parole, l’agent judiciaire de l’Etat a réclamé 500 millions aux mis en cause pour toutes causes et préjudices confondus. Selon lui, leurs culpabilités ne souffrent d’aucune contestation. La preuve, dit-il, on empoisonne la population avec ces eaux. On fait des attaques cardiaques à cause de ces eaux. S’exprimant à la suite du représentant de l’Etat du Sénégal, le parquet a abondé dans le même sens. Il a soutenu que le réseau de l’Onas a été saboté et le système endommagé. Mais, précise-t-il, nul n’a été pris en flagrant délit. C’est pourquoi le maître des poursuites a demandé de les relaxer du délit de dégradation de biens publics. Pour l’élimination non conforme d’eaux usées, il a demandé au tribunal de les déclarer coupables et de condamner chacun à 2 mois de prison, en plus d’une amende  de 200 mille francs. Ce réquisitoire a été jugé sévère par la défense. Pour Me Assane Dioma Ndiaye, on ne comprend cette vampirisation et cette diabolisation des maraîchers. « Comment ces maraîchers qui avaient saisi la justice avec une plainte contre l’Onas, peuvent utiliser ces eaux usées? », s’est-il interrogé. Son confrère Me Tall a renseigné que ce qui est visé dans ce dossier, ce sont les terres. « C’est un plan ourdi par l’état du Sénégal. Car ils n’ont aucun intérêt à utiliser ces eaux usées qui dévastent leurs récoltes. Par ailleurs, sur 247 maraîchers, seuls 24 ont été déférés car ils ont refusé de payer une amende 200.000 FCFA », a dit la robe noire. C’est pour toutes ces raisons qu’ils ont sollicité leur relaxe pure et simple et de débouter l’Etat du Sénégal de sa constitution de partie civile. L’affaire a été mise en délibéré pour jugement devant rendu le 7 janvier prochain.

Cheikh Moussa SARR