«On ne peut pas battre campagne pour Karim et le critiquer »

Mayoro Faye est formel : Karim Wade sera bientôt de retour au Sénégal et participera bien à l’élection présidentielle de 2019. Le coordonnateur des opérations de parrainage du Pds fustige la démarche de son «frère» Ameth Fall Braya qui ne veut plus de la candidature de Karim et participe aux activités du Président Macky Sall. M. Faye estime, par ailleurs, que Madické Niang s’est «trompé politiquement» en choisissant d’être candidat.

Nous savons que vous êtes parmi les hommes de confiance de Karim Wade. Où en est-il avec son retour au Sénégal ?
Je viens de raccrocher tout de suite avec lui. Il parle à tous les responsables du parti. Nous en sommes aux derniers réglages et dès que nous terminerons les opérations de parrainage, nous saurons à peu près la fourchette de temps dans laquelle il devra revenir au Sénégal, mais également dans quelle fourchette le Président Abdoulaye Wade lui-même doit revenir à Dakar. Ce qui est sûr, c’est que dans quelques semaines, le Président Wade sera au Sénégal et je peux vous affirmer que ceux qui se posent des questions sur le retour de Karim peuvent se tenir prêts, car il sera au Sénégal dans un peu plus de deux mois normalement.

Vous avez mainte fois annoncé son retour, mais ce sont des reports à n’en plus finir. C’est comme s’il y a des choses que vous-mêmes ne maîtrisez pas…
Je pense qu’il faut que nous apportions certaines clarifications, car à chaque fois nous entendons la presse parler de retour probable, puis de retour avorté alors que ce sont des informations erronées. Nous-mêmes, au niveau du Pds, nous nous posons des questions sur la motivation des gens qui diffusent ces informations. C’est comme si certains travaillent délibérément à entretenir un flou sur le retour éventuel de Karim Wade. Nous avons même lu sur des sites internet qu’il reviendrait le 12 novembre prochain alors qu’il n’en est rien. Finalement, nous avons compris que ce sont nos adversaires qui inventent des dates et qui alimentent le débat autour du retour de Karim et annoncent des reports pour décourager nos camarades qui veulent tellement que Karim revienne au point de ne plus faire le discerne­ment. Vous devez vous-même vous rendre compte qu’à chaque fois qu’on parle du retour de Karim Wade, aucune voix autorisée du Pds ne se prononce sur la question.

Où en êtes-vous avec sa candidature ?
Nous sommes déjà tous prêts. Mais comme vous le savez, pour être candidat, il faut désormais passer l’étape du parrainage. Je vous rappelle que Karim Wade est le seul candidat désigné par un congrès. Macky Sall lui-même n’a pas été désigné par un congrès. C’est aussi le cas pour tous les autres. Il n’y a que Karim qui a été désigné par le congrès de son parti en présence des délégués de toutes les régions qui l’ont démocratiquement désigné parmi les huit candidats en compétition. Le Président Wade, le coordonnateur national du parti, les responsables de section et de comité, de quartier et des villages travaillent tous autour de cette candidature. A cela s’ajoutent des centaines de mouvements de soutien, sans compter les nombreux partis alliés.

Vous soutenez la candidature de quelqu’un dont vous ne voyez même pas l’ombre. C’est comme si vous refusez de voir la réalité…
Politiquement et juridiquement, nous ne sommes pas nés de la dernière pluie. Je rappelle que Karim Wade a été jugé devant un Tribunal d’exception que nous n’avons jamais reconnu. Un Tribunal qui n’a jamais respecté les droits des prévenus ni de la défense. Il s’y ajoute que Karim Wade n’a pas bénéficié du privilège de juridiction qui devait lui être appliqué du fait des hautes fonctions. Ensuite, il avait un quitus de tous les corps qui l’avaient audité, que ce soit l’Ige ou la Cour des comptes, qui n’ont décelé aucune anomalie dans sa gestion. Finalement pour n’avoir rien trouvé, le régime de Macky Sall l’a poursuivi pour enrichissement illicite, un chef d’accusation créé de toutes pièces. Mais là où je veux en venir, c’est qu’au cours du procès pour enrichissement illicite, le Procureur spécial avait demandé à la Cour de retirer à Karim ses droits civiques. Mais en prononçant l’arrêt, le président de la Cour n’a pas suivi le procureur. Je rappelle que c’est la seule juridiction qui a jugé Karim. Donc, nous convenons tous que Karim jouit encore de ses droits civiques. La question que je pose est la suivante : qu’est-ce qui peut empêcher à un citoyen Sénégalais de s’inscrire sur les listes électorales s’il a tous ses droits ?
Vous savez ce que le gouvernement a fait pour que Karim ne puisse pas s’inscrire ? Sachant qu’il est à Doha, et à cause des relations heurtées entre le Qatar et le Koweït, ils pensaient que Karim ne quitterait pas le Qatar pour aller s’inscrire, mais c’était sans compter sur le fait que Karim Wade entretient les mêmes relations avec l’Emir du Koweït. C’est ainsi qu’un avion spécial a été affrété pour qu’il aille s’inscrire. Ils ont attendu plusieurs mois et bien après la clôture des inscriptions pour centraliser tout au niveau de la direction des Elections et de l’automatisation du fichier pour dire que Karim ne s’était pas régulièrement inscrit. Les Sénégalais doivent savoir que seule la commission d’inscription installée au Koweït et qui avait délivré à Karim son récépissé d’inscription pouvait le radier. Et pour cela, elle devait le lui notifier et lui accorder 48 heures pour faire un recours. Dans le cas contraire, le ministère de l’Intérieur pouvait saisir le Tribunal de grande instance de Dakar, car Karim est régulièrement domicilié à Dakar pour qu’un jugement soit rendu devant les avocats des deux parties. Rien de cela n’a été fait et c’est un fonctionnaire nommé par Aly Ngouille Ndiaye qui a décidé, dans son bureau, de radier Karim Wade du fichier. Maintenant, ils peuvent faire ce qu’ils veulent, mais de notre côté, nous faisons ce que nous savons. Ce qui est clair, c’est que Karim Wade garde tous ses droits, est régulièrement inscrit, est électeurs et éligible.

Certains pensent que vous voulez installer une situation insurrectionnelle dans le pays. Que répondez-vous ?
Tous ceux qui le disent sont de Benno bokk yaakaar. Je veux rassurer les Sénégalais que notre objectif n’est pas de créer une situation insurrectionnelle, mais de gagner des élections organisées en toute transparence. Par contre, c’est Macky Sall qui disait à qui voulait l’entendre qu’il a des comptes personnels à régler avec le Pds et qu’il allait réduire l’opposition à sa plus simple expression. Ces menaces ont d’ailleurs été suivies d’actes, car plus de 57 membres du Pds ont été emprisonnés sous le régime de Macky Sall dont le coordonnateur Oumar Sarr, le candidat Karim Wade et Me El Hadj Amadou Sall. C’est une première dans l’histoire du Sénégal. Sachez que nous avons un grand parti, un grand leader et un appareil politique capable de battre Macky Sall. Donc, nous n’avons aucun intérêt à créer le désordre.

Où en êtes-vous avec les opérations de parrainage ?
Nous sommes tous sur le terrain pour recueillir des signatures pour Karim. C’est un travail bien coordonné. Au départ, un objectif de 20 mille parrains nous a été assigné, nous y travaillons et avons espoir de terminer la collecte avant la date butoir. Nous attendons d’ailleurs une mission d’évaluation du parti la semaine prochaine, mais sachez que le travail de collecte se poursuit dans tout le département de Saint-Louis.

Quel commentaire faites-vous des déclarations de Ameth Fall Braya qui ne partage pas la déclaration de Me Wade selon laquelle si Karim n’est pas candidat, il n’y aura pas d’autres candidats pour le Pds ?
Ce n’est pas la première fois que Braya fait ce genre de déclarations. Depuis quelque temps, il nous a habitués à ces sorties. Mais à chaque fois, nous réagissons pour certifier aux Sénégalais que ce n’est pas le point de vue des Saint-louisiens qu’il exprime, mais sa position. Nous n’accepterons pas d’être divertis, car on ne peut pas dire qu’on mène une campagne de parrainage pour valider la candidature de Karim Wade et se mettre à le critiquer par ailleurs. C’est pourquoi, concernant Ameth Fall Braya, je m’en tiens actuellement aux propos que nous avons échangés devant le coordonnateur national de notre parti, Oumar Sarr, lors de sa dernière visite. Nous avions, en effet, tous convenu de travailler ensemble pour le parrainage de Karim. Sachez toutefois que le moment venu, nous apporterons les réponses appropriées à ses déclarations. Mais pour l’instant, nous nous concentrons sur l’essentiel pour atteindre nos objectifs. Ce que je déplore cependant, c’est que Braya fasse ces déclarations sur une tribune de l’Apr à l’occasion des régates. De toute façon, Me Abdoulaye Wade, le coordonnateur national du parti, et les responsables du parti savent que ce n’est pas ce comportement qui est attendu de Ameth Fall Braya qui, du reste, trouve toujours le moyen de participer aux activités du Président Macky Sall lors de ses différentes visites. En plus, s’il est plus facile pour un responsable du Pds d’attaquer Me Wade que Macky Sall et Mansour Faye. Je me pose des questions et me demande si c’est un opposant, mais demain fera jour.

Comment appréciez-vous la démarche de Me Madické Niang qui a décidé de déposer sa candidature pour la Présidentielle de 2019 ?
Je tiens d’abord à dire que Madické Niang est un grand ami. C’est pourquoi je ne peux pas dire certaines choses sur lui. Je tiens toutefois à dire que politiquement je ne suis pas d’accord avec sa démarche. Je pense qu’il devait rester dans le parti et qu’il n’avait pas à s’isoler pour adopter une démarche solitaire. Je pense qu’il s’est trompé politiquement, car il n’avait pas à se détacher de la candidature de Karim Wade. Maintenant, qu’il prenne ses responsabilités. Il dit à qui veut l’entendre qu’il sait ce qu’il veut, que les Sénégalais lui ont toujours demandé d’être candidat et que Abdoulaye Wade lui-même fait partie de ceux qui l’ont encouragé à avoir des ambitions. Mais ce qu’il n’a pas dit, c’est que durant toutes ces années, il a soutenu la candidature de Karim. Il faut qu’il comprenne qu’il ne peut pas avoir un projet dans le projet du Pds. En plus, il est l’avocat de Karim et je refuse de croire que durant toutes ces années, il murissait sa candidature.